Nouvelle menace sur le statut de l’AFP

L’association pour l’indépendance de l’AFP (AdiAFP) vient de mettre en ligne un texte et relancer la pétition « SOS-AFP » de l’intersyndicale pour sensibiliser le personnel, l’opinion et les parlementaires (auxquels un texte plus détaillé a aussi été adressé : http://www.adiafp.org/lettre_ouverte).

Je vous invite à relayer l’information et à soutenir ce combat en signant la pétition. L’indépendance de la presse passe par l’indépendance de l’AFP, qui est assurée par ce statut très spécial. Ne laissons pas l’agence tomber dans une structure capitalistique qui donnerait le pouvoir à des puissances financières ou à l’Etat !

Texte :

Nouvelles menaces – nouvelles raisons de signer 
la pétition « SOS-AFP » !

Tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche. C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

Version imprimable avec pétition à signer au verso (PDF, 120 Ko)

L’Agence France-Presse (AFP), l’une des trois plus grandes agences de presse au monde, fait l’objet depuis plusieurs années de tentatives récurrentes de modifier son statut, qui est une loi de la République, adoptée à l’unanimité par le Parlement en 1957 et ayant pour but de protéger l’AFP de toute influence politique ou économique.

En 2008, une tentative de transformer l’AFP en entreprise capitalistique – soit privée, soit à capitaux publics – est annoncée et par le gouvernement et par le PDG de l’époque, Pierre Louette. Cette campagne est mise en échec par l’opposition d’une grande partie du personnel de l’agence, représentée par ses syndicats, ainsi que par de nombreux parlementaires et citoyens, qui ont été plus de 21 000 à ce jour à signer la pétition « SOS-AFP ».

Pierre Louette démissionne en février 2010 pour être remplacé par Emmanuel Hoog, qui annonce au début de son mandat qu’il ne sera plus question de transformer l’AFP en entreprise par actions et qu’une modification du statut ne fait pas partie de ses priorités.

Or voilà que M. Hoog, a son tour, fait marche arrière et annonce qu’une modification du statut serait non seulement nécessaire mais urgente. Cette initiative a été officialisée le 4 novembre 2010 devant le Parlement par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

M. Hoog plaide la nécessité de doter l’Agence des moyens nécessaires à son développement, de modifier ses règles de gouvernance voire de la mettre en conformité avec la législation européenne.

L’Association de défense de l’indépendance de l’AFP a déjà expliqué les conditions nécessaires et incontournables pour une quelconque modification du statut de l’agence. Ces conditions sont les suivantes :

  1. Renforcer l’indépendance de l’AFP vis-à-vis de tout pouvoir politique, économique ou idéologique, en apportant des garanties supplémentaires par rapport au statut actuel.
  2. Être reliée à une vraie stratégie d’entreprise. Il faut non seulement exposer cette stratégie mais également démontrer sa conformité aux valeurs fondamentales et à l’indépendance de l’agence et expliquer clairement pourquoi elle exige une modification du statut.
  3. Recueillir au préalable l’accord du personnel par référendum. Cette exigence n’est en rien démagogique ou populiste : l’AFP est une entreprise de matière grise et son savoir-faire et son expérience sont détenus par son personnel. Un référendum a eu lieu en 1955 sur le texte finalement adopté en 1957 : il serait inconcevable de faire moins bien aujourd’hui !
  4. Recueillir une très forte majorité au Parlement. Si l’unanimité parlementaire que le statut actuel avait recueillie en 1957 peut sembler inaccessible aujourd’hui, il faudrait tout faire pour s’en rapprocher. L’AFP remplit une mission d’intérêt général. Son devenir ne concerne pas seulement la majorité parlementaire du moment, quelle qu’elle soit, mais l’ensemble du peuple français.

Nous considérons que dans l’état actuel des choses, aucune de ces conditions n’est remplie

Pire, tout indique que le pouvoir soit tenté de passer en force dans un avenir proche, sans faire le moindre effort pour les remplir.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens en France et ailleurs dans le monde à continuer à signer et à faire signer la pétition « SOS-AFP » !

NB : sur le site http://www.sos-afp.org on peut signer la pétition en ligne ou télécharger d’autres exemplaires à imprimer, faire signer et envoyer par la poste au Comité d’entreprise de l’AFP. ADIAFP, Paris, le vendredi 26 novembre 2010

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Pour une presse d’information ou pour une presse engagée ?

L’affaire Bettencourt et la polémique sur la politique sécuritaire du gouvernement ont mis en relief une presse qui dérange le pouvoir en place : celle de journaux indépendants : Mediapart, Marianne et Le Canard Enchainé, qui ont choisi non seulement de révéler des faits, mais aussi de provoquer l’opinion et de prendre parti contre des dérives aux valeurs républicaines, à la moralité politique, à l’intérêt général. Sur sa posture très critique, cette presse a presque supplanté l’opposition politique traditionnelle incarnée par les partis. Réplique immédiate du gouvernement et des personnes mises en cause : éviction, contournement, étouffement des faits, condamnation d’une presse « populiste » aux relants nauséabonds, diversion. Certains lui reprochent de faire de la politique au lieu de se cantonner à son rôle d’information …

marianne-et-la-presse

Le métier de la presse et des médias (audiovisuels) consiste tout d’abord à fournir de l’information. Oui mais quelle information ?

         Une (des)information distillée savamment par le pouvoir en place avec la complaisance d’une direction soumise à des actionnaires « en affaires » avec le pouvoir, dont les intérêts sont liés financièrement ? 

         La publication de résultats de sondages visant à confirmer ou à influencer l’opinion publique, après avoir été commandités, financés, orientés par la façon dont les questions sont posées, jusqu’à rendre possible des publications concomitantes de résultats apparemment contradictoires (cf. le sondage CSA publié samedi 14 Août par le journal Marianne démontrant que 70% des Français  jugent inefficace la politique sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy alors qu’un sondage IFOP commandé par Le Figaro démontre que les Français plébiscitent cette politique sécuritaire) ?

         Des faits, rien que des faits ? Mais le fait même de décrire un fait, de sélectionner un fait plutôt qu’un autre, ou celui de taire un fait, n’est-il pas déjà un acte orienté ? De même que la façon de le relater, de l’argumenter ?

 

Le rôle de la presse et des médias (audiovisuels) est aussi celui de :

         diffuser les opinions délivrées par les différents courants politiques sur une orientation gouvernementale, un projet de loi et des événements publics en réaction à l’actualité ;

         aider le lecteur à comprendre l’information en la resituant dans le contexte, l’histoire, en rappelant des chiffres clés ;

         permettre ainsi au citoyen d’analyser lui-même l’information, de comparer les opinions et d’entrer dans le jeu politique en participant au débat et en faisant ses choix.

 

Aussi ai-je été étonnée et même choquée en lisant l’interview accordée par le journal Marianne à Michel Rocard, parue dans le numéro du 7 Août dernier, lorsque ce dernier reproche le comportement des journalistes de Marianne : « Vous vous comportez non comme des journalistes d’information pure, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique. Ainsi, vous sollicitez de moi cette interview et je sais que, si je l’avais refusée, vous en auriez informé vos lecteurs. C’est une forme de chantage ! ».

Michel Rocard exprime ainsi sa désapprobation envers l’engagement du journal, ses attaques répétées à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de sa politique, non pas sa désapprobation d’une ligne politique défendue par le journal, mais le fait même que le journal exprime une critique, un avis politique. Fidèle lectrice de Marianne depuis sa création par Jean-François Kahn, je puis témoigner personnellement que c’est justement ce sens critique du journal qui me plait, ainsi que la façon dont ses journalistes décryptent l’information, s’interrogeant sur le fond des sujets, surtout s’ils portent atteinte aux valeurs de la démocratie et de la république, à l’intérêt général, à une éthique, au respect de l’homme et de sa dignité, ceci indépendamment de tout engagement en faveur d’un parti quelconque. Il arrive souvent à Marianne de critiquer des annonces ou des décisions du gouvernement, en référence à ces valeurs, certes. Mais précisons aussi qu’il lui arrive aussi de critiquer des positions ou au contraire des absences de positions, ou des comportements, manifestés par des opposants à ce gouvernement, qu’ils soient du PS ou d’ailleurs … La presse ne devrait-elle que délivrer une information « pure », (si seulement ce qualificatif était concevable dans l’expression de toute information …) ? Et même dans ce cas l’AFP suffirait donc …

 

Le mois dernier, à propos de l’affaire Bettencourt, Michel Rocard avait co-signé avec Simone Veil dans le journal Le Monde une tribune « Halte au feu », suite à la publication par Mediapart des écoutes téléphoniques mettant en cause notamment Eric Woerth, s’indignant de la tournure de type « attaque ad hominem » de l’événement. Or qu’avait fait Mediapart ? Justement diffuser une information « pure », restituer des conversations privées rendues publiques, dont le contenu dévoilait une atteinte à l’intérêt général. Mediapart a aussi relevé les conflits d’intérêt sous-jacents. Il ne s’agissait même pas de s’attaquer personnellement à un homme, mais bien de dévoiler des faits ! Je m’attendais à une autre réaction de la part de ces anciens ministres que j’ai tant admirés et respectés … Et aujourd’hui je me demande, comme le fait Maurice Szafran, le directeur de Marianne, dans son éditorial daté du 7 Août 2010, pourquoi Simone Veil ne réagit pas, tant en qualité de juriste éminente que pour la défense des valeurs humanistes qu’elle incarne et en écho au souvenir douloureux de la shoah et du régime de Vichy qui a permis sa mise en application, pourquoi ne réagit-elle pas à l’annonce faite à Grenoble par Nicolas Sarkozy, d’appliquer une loi sécuritaire différenciée à des citoyens « d’origine étrangère », de déchoir ces derniers de la nationalité française, mesure anticonstitutionnelle car ne respectant pas l’égalité des citoyens devant la loi, de même qu’elle pourrait aussi réagir à cette idée de punir de prison des parents pour des crimes commis par leurs enfants ?

Pourquoi Michel Rocard ne fait-il pas publiquement aussi cet appel à Simone Veil, si comme il le dit, c’est aux hommes (ou aux femmes) politiques d’agir en politique !

 

Le lecteur citoyen éclairé a une exigence absolue de vérité, d’abord celle des faits, peu importe la manière dont ils sont commentés, qu’il jugera pertinente ou non, grâce à un sens critique qu’il doit à toute force maintenir éveillé. Merci à Marianne, à Mediapart, au Canard Enchaîné, d’avoir révélé des faits !

 

Le lecteur démocrate a aussi un besoin avide de liberté, liberté d’expression des opinions, de leur diffusion, ainsi que de sa propre parole et de ses choix politiques. En se sens une presse « engagée », qui montre une orientation politique, ne doit pas l’offusquer. Elle est moins dangereuse qu’une presse aux ordres qui n’avoue pas l’être et manipule les esprits.

 

Le lecteur républicain est attentif à l’existence de contre-pouvoirs et à la séparation des pouvoirs, à l’Esprit des lois de Montesquieu, non seulement entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais comme le dit François Bayrou également médiatique et financier. Les conflits d’intérêt révélés par l’affaire Bettencourt témoignent de cette dérive de séparation des pouvoirs :

         les liens financiers entre un parti politique, le gouvernement, et des puissances financières,

         les liens entre le pouvoir exécutif, le président de la république, et le pouvoir judiciaire, un procureur ami du président,

         enfin les liens entre le pouvoir et la presse, devenue très timorée dans la diffusion des faits nuisant au pouvoir, parfois porte-parole d’une pensée unique préservant les intérêts financiers et politiques d’une caste dominante liguée, où pratiquement seuls des journaux indépendants de ces puissances financières osent dévoiler des faits mettant en cause le régime en place et osent aussi prendre parti contre les dérives qu’il engendre à l’encontre de l’intérêt général et des valeurs de la république.

 

Alors oui à une presse d’information qui révèle des faits ! Oui à une presse engagée qui réagit, qui représente le 4ème pouvoir ! Oui à Internet qui incarne un cinquième pouvoir ! Merci à Marianne, merci à Mediapart, merci au Canard Enchaîné !

 

 

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François Bayrou avait raison sur les abus de pouvoir

Ce dimanche matin François Bayrou était l’invité sur Europe1 au « Grand Rendez Vous Politique » de Jean-Pierre Elkabbach et de Patrick Cohen.

Décidément, le livre « Abus de Pouvoir » écrit l’an dernier par François Bayrou démontre que ce dernier avait raison sur tout, sur toutes ces dérives, sur le non respect de principes démocratiques et républicains, sur les conflits d’intérêt entre la sphère publique et la sphère privée, sur la politique mise au service des intérêts de quelques uns, des privilégiés, sur le verrouillage de la presse et des médias et combien il est heureux que se soit créée une presse indépendante sur Internet comme Mediapart, …

 

François Bayrou ne s’est pas trompé sur le diagnostic, sur les dérives, sur la racine du mal : l’introduction de l’argent dans la société en tant que valeur.

 

Dépassant les discussions habituelles de l’effervescence médiatique et du bouillonnement politique autour de cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy, la parole des uns contre celle des autres, les accusations personnelles, croyance ou non en l’honnêteté d’un homme politique, François Bayrou s’est exprimé sur la gravité de ce qui est à l’origine de cette affaire et qui exprime une crise profonde de la société et de la République, des institutions, une crise des valeurs de la société et de la démocratie française, une crise à la fois politique et morale.

 

Les Français ont besoin d’un gouvernement que l’on respecte et à l’abri de tout soupçon. Il faut d’urgence un sursaut républicain, sur cinq points :

1-    

Le conflit d’intérêt entre les responsables publics et les intérêts privés. Ne pas autoriser, les situations où le soupçon devient possible sur des responsables politiques censés défendre l’intérêt général alors qu’eux ou leurs proches bénéficient d’intérêts privés dépendants des décisions de ces responsables ;

 

2-    

L’exigence d’indépendance réelle de la justice : nécessité de saisir un juge indépendant sur cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy ; l’intervention d’un procureur, nommé par le président de la république contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, [ndlr de surcroît juge et parti], en conflit avec le juge du tribunal, est intenable ; de plus les auditions des témoins se font sans présence de leurs avocats, les procès verbaux divulgués dans la presse n’ont pu l’être qu’avec la complicité du procureur lui-même ou de la police,…

 

3-    

L’injustice fiscale : la révélation concrète de ce que représente le bouclier fiscal : un remboursement de 30 millions d’euros à une milliardaire qui n’en avait pas besoin …

 

4-    

Le problème de liberté et d’indépendance de la presse : le fait que ces scandales touchant l’intérêt public aient été révélés par une nouvelle presse libre, indépendante financièrement et publiant sur Internet, Mediapart, [ndlr de même que par Le Canard Enchaîné ou le journal Marianne] démontre qu’il est heureux et salutaire que cette presse existe, non soumise aux puissances financières ni à l’audiovisuel ou à la radio publics dont le président est nommé par le pouvoir ;

 

5-     L’opacité et les contournements du financement des partis politiques, la création de structures artificielles qui sont au service d’intérêts privés et non de partis [ou qui servent de manière illégale des partis] : il découvre qu’il existe environ 300 structures du même type que « l’association de financement de l’action politique de Eric Woerth ». Ceci est un détournement de l’esprit de la loi.

 

Sur le premier point, François Bayrou propose que soient prises concrètement deux mesures d’urgence :

1-    

Une loi définissant et codifiant le conflit d’intérêt : les élus, les responsables politiques, doivent servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Si par exemple un membre de leur famille proche occupe un poste ayant un intérêt financier, économique, qui pourrait dépendre d’une décision ou de l’action de ce responsable, il ne faut pas admettre cette situation ;

 

2-     La mise en place d’une autorité indépendante à laquelle on pourrait soumettre un conflit d’intérêt a priori, une commission pluraliste qui pourrait en juger et statuer. Idem pour la question du financement public.

 

Il faut faire la différence entre le « conflit d’intérêt », qui place le responsable politique dans une situation de soupçon, même s’il n’a pas l’intention d’être malhonnête, et « la prise illégale d’intérêt », bannie par la loi, qui n’est qu’une conséquence d’un conflit d’intérêt qui a permis ce délit.

 

Plutôt que réclamer la démission d’un homme ou de polémiquer sur la parole de l’un contre celle de l’autre et poursuivre dans les invectives, François Bayrou pose correctement le problème à la racine et propose des solutions claires. Le président de la république les suivra-t-il ? Rendez-vous demain soir sur France 2 pour écouter son allocution devant les Français …

 

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Soutenez l’indépendance de l’AFP en signant sa pétition !

L’indépendance de la presse est une condition nécessaire à l’épanouissement de la démocratie. Elle est malheureusement aujourd’hui bien mise à mal, par sa dépendance croissante à l’égard des subventions d’Etat, par un noyautage des puissances financières actionnaires, dont les majeures vivent de contrats sur des marchés d’Etat, sans parler également du même phénomène observé sur les médias audiovisuels, de la récente réforme de l’audiovisuel public accentuant l’emprise du gouvernement sur l’opinion, ainsi que de la manipulation des sondages par l’Elysée récemment dénoncée.

 

Il reste encore un bastion d’indépendance et de professionnalisme incontesté : l’AFP, l’Agence France Presse, présente en France et presque partout dans le monde, qui alimente la presse de ses dépêches, lui fournissant la matière première de l’information.

 

L’AFP est dotée d’un statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l’égard des pouvoirs publics et de tout autre « groupement idéologique, politique ou économique ». Sa mission est « de rechercher tant en France qu’à l’étranger les éléments d’une information complète et objective ». C’est en quelque sorte un service public. Cette mission doit primer sur les questions de rentabilité.

 

Evoquant des questions d’autonomie financière et de rentabilité, le gouvernement a souhaité changer le statut de l’AFP et a mandaté M. Louette, son PDG,  » pour proposer un changement de statut qui doit notamment « doter l’Agence d’un actionnariat stable » et « conforter son rayonnement international et européen ». Cette annonce provoque une grande inquiétude au sein du personnel de l’AFP. L’intersyndicale  a lancé une  pétition « SOS-AFP » le 27 novembre 2008. Elle appelle à refuser « toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l’AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu’elles soient et sous quelque forme que ce soit« . Elle exige que l’agence conserve sa particularité, sa capacité à remplir sa mission d’intérêt général et son indépendance structurelle. Par conséquent, elle s’oppose à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957.

 

Cette pétition a recueilli 19 500 signatures à ce jour, notamment de nombreux journalistes, dont Edwy Penel et Laurent Mauduit, de personnalités politiques telles que Martine Aubry, François Bayrou, Corinne Lepage, Marielle de Sarnez, Cécile Duflot, Ségolène Royal, Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet, Manuel Valls, Dominique Voynet, Jean-Louis Bianco, José Bové, Yves Cochet, Gérard Collomb, Bertrand Delanoë, François Hollande, Benoît Hamon, Clémentine Autain, David Assouline, et de philosophes, artistes, etc. Dans quelques jours, la pétition sera remise au gouvernement. Afin qu’elle dépasse largement 20 000 signatures, apportez aussi votre soutien et joignez-vous nombreux aux signataires !

 

Pétition « SOS-AFP » : http://www.sos-afp.org/

 

http://www.mediapart.fr/journal/economie/300509/repensant-son-avenir-l-afp-recrute-frederic-filloux

 

http://www.challenges.fr/depeches/20091007.AFP4498/?xtmc=frederic_mitterrand&xtcr=3

 

Contre la concentration des médias et pour un nouveau modèle économique : http://www.mediapart.fr/club/edition/association-des-lecteurs-de-mediapart-alm/article/280209/contre-la-concentration-des-me

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Les conférences de presse mises à mal : symptôme d’une crise de la démocratie en France

8337_big.jpgThomas Legrand, chroniqueur politique sur France Inter, vient de publier un excellent article sur Slate.fr, remarquant que Nicolas Sarkozy ne tient pas de conférences de presse en France, contrairement à ses homologues à l’étranger qui se prêtent volontiers régulièrement à l’exercice.

http://www.slate.fr/story/10629/monsieur-le-president-nous-voulons-des-conferences-de-presse-par-thomas-legrand

Hormis  la grande Conférence de presse du 8 janvier 2008, exceptionnelle et très convenue, devant 400 journalistes, avec on se souvient la seule impertinence de Laurent Joffrin au sujet de la « monarchie élective », rapidement renvoyé dans ses buts par un président condescendant n’acceptant aucune critique et sous les ricanements en échos de nombreux journalistes présents, qui ont clôturé la séance par des applaudissements !

 

Comme le dit Thomas Legrand très justement :

« Dans tous les autres pays démocratiques, quand une difficulté survient, quand une polémique prend trop d’ampleur, qu’un conflit s’enlise ou, tout simplement quand le Président, ou le chef de l’exécutif, a une annonce particulièrement importante à faire, il organise une conférence de presse avec la presse accréditée chargée de suivre les activités du chef de l’État ou du gouvernement. Parfois, c’est la presse spécialisée dans un certain domaine qui est conviée pour poser des questions plus précises sur une réforme envisagée par le pouvoir. Ce sont des exercices réguliers et naturels.[…] Dans n’importe quel autre pays démocratique il n’aurait pas été possible par exemple que le Président annonce, tout de go et sans possibilité de questions, la future suppression du juge d’instruction. « 

Mais lorsqu’il y a conférence de presse de personnalités politiques, j’ai remarqué que les questions étaient souvent superficielles, redondantes entre journalistes, manquaient de professionnalisme. J’ai assisté à plusieurs conférences de presse de personnalités politiques lors de la campagne des élections européennes et j’ai été très surprise (et déçue) de remarquer que toutes les questions étaient centrées sur des potins, des rumeurs, des réactions à des petites phrases, qui souvent n’avaient rien à voir avec le sujet (réaction au discours de Ségolène Royal à Dakar, main tendue de François Hollande au Modem, etc). C’est vraiment dommage, c’est gâcher l’exercice démocratique. C’est un des symptômes de la crise de notre démocratie en France. Et je ne pense pas que ce soit ce que veulent les Français.

Alors je prends Thomas Legrand au mot : chiche, faites une pétition pour tous les journalistes, afin de demander des conférences de presse régulières en direct du président de la République, et exhortant à revenir sur les sujets de fond !

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Manipulation des sondages : François Bayrou avait donc bien raison !

La vérité finit toujours par sortir …

Ainsi ce scandale de manipulation de sondage par l’Elysée, que vient de révéler le rapport de la Cour des Comptes et que reprennent quels médias ? Les seuls encore non corrompus, indépendants, rebelles et vigilants : Marianne, Mediapart et le Canard Enchaîné.

Alors que le sujet est très grave pour notre démocratie. Le PS et le MoDem ont réagi. Quelques billets de blog le dénoncent comme celui-ci  et celui-là.

Qui avait prévenu et avait déjà dénoncé ces manipulations, dans son discours du 3 juin et sur France Inter le 4 juin, et s’est fait tacler pour cette dénonciation, voire traiter de parano ? C’est François Bayrou. La bête noire des politiques au pouvoir et des opposants en perte de vitesse, qui se sont empressés d’arroser l’arroseur …

J’aimerais bien qu’au lieu de dire que François Bayrou fait de l’anti-sarkozysme primaire, la presse s’intéresse au fond de ce qu’il dénonce, notamment dans son livre « Abus de pouvoir », reprennent aussi tant de sujets sur lesquels il s’était fait moquer ou tacler et qui lui ont donné raison ensuite, les idées qui ont même été reprises par ses détracteurs, du gouvernement comme de l’opposition, comme la dénonciation de la financiarisation de l’économie et de ses dérives avant même que n’éclate cette crise financière, le sujet des inégalités croissantes et des rémunérations indécentes des grands patrons, la politique d’ouverture, le Small Business Act pour soutenir les PME, la taxe carbone, l’idée des retraites à points qui fait son chemin, et bien d’autres encore …

Cette histoire de manipulation de sondages par l’Elysée, ainsi que l’incroyable renversement du scrutin des dernières élections européennes permettent de tirer la conclusion suivante : la COMMUNICATION et les MEDIAS ont un rôle bien plus important que le fond. Les électeurs votent bien plus sur des impressions de dernière minute, sur l’émotion d’une émission (le débat avec cette altercation entreCohn-Bendit et Bayrou, le film Home) plutôt que sur le fond des programmes qu’ils n’ont même pas lu. Contrairement à ce qui est colporté par ses partis concurrents et la presse, le MoDem a fait une campagne complètement de fond, sur le programme européen, que ce soit par ses documents de campagne, internet, ses meetings, les diverses interventions de presse et medias des candidats. Mais à force de marteler dans la presse grand public ou télévision, rebondissant sur le succès du livre de Bayrou « abus de pouvoir », que Bayrou ne parlait pas d’Europe, et tout ceci était volontairement orchestré, que le MoDem n’avait pas de programme européen, l’opinion s’est laissé prendre.

CONCLUSION :
– est-ce que le MoDem doit entrer dans ce jeu et « faire de la com » ?
– est-ce que le MoDem doit faire prendre conscience aux citoyens qu’ils sont vraiment manipulés, qu’ils se réveillent, qu’ils exercent leur conscience et leur responsabilité, qu’ils boycottent les médias manipulés et aillent chercher leur information plutôt sur internet, qu’ils s’intéressent vraiment aux sujets de fond et non à l’apparence, aux mensonges et aux fausses promesses, et qu’ils s’intéressent plutôt à l’honnêteté et à la crédibilité des hommes politiques, et qu’ils fassent ainsi leur choix en toute conscience.

La 2ème option est sans doute la plus difficile, mais c’est pour moi la voie la plus saine.

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Point sur la concentration des médias en France

1- Etat des lieux

Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias. Les médias sont en majorité intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Dassault, …) qui dépendent économiquement par leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique.

Ces groupes sont eux-mêmes liés entre eux : certains administrateurs de groupe Lagardère sont administrateurs du groupe Bouygues. Arnaud Lagardère lui-même est administrateur de LVMH qui appartient au groupe Arnault, lequel est actionnaire de Bouygues ! Lagardère détient une participation de 10 % dans la société européenne EADS dont il a été un des co-fondateurs. EADS dépend de commandes de l’Etat liées à l’armement et à l’aéronautique.

Le pouvoir politique dépend du pouvoir télévisuel en même temps que les groupes contrôlant les médias télévisuels peuvent utiliser le pouvoir conféré par la télévision au bénéfice de leurs autres activités (défense, bâtiment, téléphone…). La législation anti-trust et anti-concentration est manifestement insuffisante pour entraver cette concentration et les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision.

Ces deux facteurs, concentration et dépendance du pouvoir politique, représentent une réelle menace pour notre démocratie.

Reprenons pour argumenter ce constat un article publié par Les Echos en juin 2007, encore d’actualité, avec en complément et pour actualisation nos commentaires en italique :
http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/06/22/300182429.htm

La concentration des médias en France
Les Echos le 22 juin 2007
GUILLAUME DELACROIX

De très nombreux journaux, radios et chaînes de télévision sont aujourd’hui détenus par des industriels, au premier rang desquels Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault, Arnaud Lagardère et François-Henri Pinault.

Depuis quelques années, le phénomène de concentration est en marche dans les médias. A l’inverse de la tendance générale en Europe, de très nombreux titres, radios ou chaînes de télévision sont aujourd’hui détenus par des industriels. LVMH, dont Bernard Arnault est PDG, est actionnaire à 100 % de DI Group, dans lequel on trouve « La Tribune », Radio Classique, « Investir » et « Connaissance des arts ».

Arnaud Lagardère, président de Lagardère Active Media, possède Europe 1, « Paris-Match », « Elle », « Public », 17 % du « Monde », 20 % de Canal+ France et une participation dans le groupe Le Parisien-L’Equipe. Il détient également « Le Journal du dimanche » avec Serge Dassault.
Extrait du site du groupe Lagardère : « Lagardère Active ambitionne de devenir un leader mondial dans la production et l’agrégation de contenus multisupports. Il est aujourd’hui présent, à travers des marques de référence, dans les magazines (Elle, Paris Match, Télé 7 jours…), la radio (Europe 1, Virgin radio, RFM…), les chaînes TV thématiques (Gulli, CanalJ, Virgin 17…), la production TV (Lagardère Entertainment), le numérique (Lagardère Digital France) et la régie publicitaire (Lagardère Publicité) ».
L’alliance Vivendi-Lagardère domine dans la télévision payante (Canal Plus, Canalsatellite). Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision et produit et distribue des programmes pour la télévision. Lagardère a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche, La Provence, Ici Paris, Nice Matin,…), Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, La Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz, Dunod… Environ 47 magazines et quotidiens (Nice Matin, la Provence, etc.). Il est le 3ème éditeur mondial depuis février 2006 (rachat de Time Warner Book Group). Il est aussi le premier éditeur de livres et le deuxième libraire de France (réseau Relay, magasins Virgin). Lagardère a aussi des participations dans Le Monde et dans Le Parisien, est opérateur des NMPP. Lagardère et Editis (propriété de Wendel : présidé par Ernest-Antoine Seillière) réalisent plus des 2/3 de la production littéraire française
Arnaud Lagardère considère Nicolas Sarkozy « comme son frère ». Le groupe Lagardère dépend de commandes de l’Etat dans le domaine de l’armement.

De son côté, le patron de Dassault Aviation, sénateur UMP, possède depuis 2004 « Le Figaro », « Le Figaro magazine » et « Le Figaro Madame », ainsi que « Le Journal des finances ».
Ce groupe entretient des liens avec l’Etat sur le marché de l’armement.

Martin Bouygues, président du géant du BTP, est actionnaire du groupe TF1 (la chaîne TF1, mais aussi LCI) depuis 1987. Il en détient 43 %. TF1, contrôlée par Bouygues, est en position dominante, représentant plus du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France. Bouygues également TV Breizh et a des participations importantes dans Metro, TMC, RTL 9, NT1, etc. Soit en tout plus de 40% de l’audience. Martin Bouygues est le parrain du fils de Nicolas Sarkozy. Laurent Solly, directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy a été engagé sur TF1. C’est une nomination demandée directement par l’Elysée.
Bouygues dépend de contrats d’Etat, de collectivités locales, dans ses activités de bâtiment, de construction. La famille Bouygues, dont nous connaissons la proximité avec l’actuel président de la République, est le premier actionnaire du groupe. Les groupes Pinault et Arnault sont aussi actionnaires de Bouygues.

Vincent Bolloré, patron du conglomérat du même nom, présent dans les transports et le tabac, s’est lancé récemment dans les médias avec la chaîne Direct 8 et le gratuit « Direct Soir ». Il possède également 70 % du gratuit « MatinPlus », aux côtés du « Monde » et contrôle la SFP
Bolloré possède aussi le groupe publicitaire Havas et 100% de l’Institut de sondages CSA (déjà actionnaire de 40% avant juillet 2008, il a racheté les 60% restant. Ce qui par ailleurs remet en cause la crédibilité du sondage CSA déclarant que les Français n’étaient « pas choqués » du séjour de Nicolas Sarkozy sur le yacht d’ « un ami industriel »). En dehors de ses activités médias, Bolloré réalise plus de 60 % de son chiffre d’affaires dans la logistique et le transport. Il s’est bâti un royaume en Afrique, sur le transport de marchandise et l’activité portuaire, ainsi que sur les plantations et l’extraction de ressources naturelles. En 2007, il a réalisé 22% de son chiffre d’affaire et la moitié de ses investissements sur le continent africain. Les liens de Bolloré avec les chefs d’Etats africains (Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire,…) en font un des piliers de la « Françafrique », comme l’attestent des articles récents dans Mediapart.

Quant à François-Henri Pinault, président d’Artémis et fils de François Pinault, il est propriétaire du « Point ».

Enfin en décembre 2007 Bernard Arnault (LVMH), déjà détenteur de la Tribune, a racheté au groupe Pearson du quotidien financier Les Echos et domine à présent la presse financière.
Bernard Arnault est également propriétaire de Radio Classique.
Et en dehors de ces groupes privés, tous liés au pouvoir à la fois par leurs carnets de commandes dépendant de l’Etat et par des liens personnels tissés avec Nicolas Sarkozy et l’UMP, n’oublions pas les télévisions et les radios publiques, récemment soumises au pouvoir politique du gouvernement et du président de la République, par la récente réforme imposée à l’initiative de Nicolas Sarkozy, à la fois par la nomination du président de France Télévision et de Radio France et par la suppression des publicités sur les chaînes publiques, impliquant une dépendance financière à 100% du budget des subventions de l’Etat sans garantie budgétaire au-delà de un an.
France Télévision (France 2, France 3, France 4, France 5, RFO, France 24, France ô) contrôle une diffusion réalisant plus de 40% de l’audience française. France Télévision est présidé par Patrick de Carolis (soutien de Nicolas Sarkozy même si s’est parfois montré critique).
Radio France (France Inter, France Info, France Culture, France Bleu, France Musique , FIP, Le Mouv’,…) consolide sa position de leader avec 21,6% d’audience cumulée et 21,7% de part d’audience (enquête Mediamétrie de décembre 2008). Radio France est présidé par Jean-Paul Cluzel, longtemps collaborateur de Jacques Chirac, soutien de Nicolas Sarkozy.


Autres références :
Commission Lancelot (janvier 2006) sur la concentration des médias en France :
http://www.ddm.gouv.fr/article.php3?id_article=1039
http://www.voltairenet.org/article133940.html
Rapport de la Commission des Affaires Culturelles du Sénat en juillet 2005 :
http://www.senat.fr/rap/r04-468/r04-468.html
http://www.senat.fr/rap/r04-468/r04-4681.pdf

2- Rappel des lois anti-concentration

En France :

La loi française interdit à un groupe de dépasser un seuil de 30% de la diffusion totale de la presse quotidienne d’information politique et générale.
La règle dite des « deux sur trois » interdit à un même groupe de posséder à la fois une télévision de diffusion nationale, une radio de diffusion nationale et un quotidien de diffusion nationale, et ne lui autorise le contrôle au maximum que de deux de ces trois médias.

Références sur les lois concernant ce sujet :
http://fr.jurispedia.org/index.php/Concentration_dans_le_secteur_de_la_presse_(fr)
Loi du 23 octobre 1984 : la loi « anti Hersant » et loi du 1er aout 1986, complétée par par la loi du 27 novembre 1986

En Europe :

Il y avait eu une proposition de résolution du Parlement Européen pour préserver le pluralisme et l’indépendance des médias en 2002 :
http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=MOTION&reference=B5-2002-0590&language=FR

Suivie en 2004 de recommandations :
http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=107
Résolution que le Parlement européen a adoptée lors de sa séance du 22 avril 2004. Par cette résolution le Parlement demande à la commission de présenter une proposition de directive relative à la sauvegarde du pluralisme des médias en Europe.
Le texte de la résolution énonce, par ailleurs, que « les gouvernements nationaux, régionaux ou locaux ne devraient pas abuser de leur position en influençant les médias. Il spécifie aussi qu’il est nécessaire de veiller « à ce que, dans tous les Etats membres, le radiodiffuseur et la télévision publics soient pleinement indépendants et ne subissent aucune ingérence, afin que les fonds publics ne servent pas à maintenir au pouvoir le gouvernement en place ou à restreindre les critiques à l’encontre de celui-ci ».
Le Parlement européen produit, en définitive, une série de recommandations, au rang desquelles :
la demande aux Etats membres et à la Commission d’agir de façon à « sauvegarder le pluralisme dans les médias et à veiller, en vertu des compétences qui leur sont dévolues, à ce que les médias soient libres, indépendants et pluralistes dans tous les Etats membres »,
la demande à la Commission « de présenter une proposition de directive relative à la sauvegarde du pluralisme des médias en Europe, de manière à compléter le cadre réglementaire », comme il l’a demandé dans sa résolution du 20 novembre 2002,
la demande à la Commission de considérer les dispositions juridiques établies par l’Union dans ce domaine comme « autant d’éléments fondamentaux de la politique communautaire destinés à préserver le pluralisme des médias [devant] donc être appliqués, interprétés et ultérieurement développés par la Commission en vue de renforcer ces mesures pour combattre la concentration horizontale et verticale des médias sur le marché des médias traditionnels ainsi que sur celui des nouveaux médias »,
le souhait que « la sauvegarde de la diversité des médias devienne la priorité de la législation de l’Union en matière de concurrence »,
le souhait que la Commission établisse un examen approfondi des dispositions législatives nationales et des possibilités d’action et émette une « communication sur l’état du pluralisme des médias dans l’Union européenne »,
le souhait que la Commission veille à organiser la production de plusieurs catégories d’instruments d’étude dont un rapport annuel sur le pluralisme ainsi que la communication à un organisme spécialisé des données relatives à l’actionnariat des médias
l’invitation des Etats membres à « insérer dans leurs constitutions nationales le principe d’une responsabilité active en ce qui concerne la promotion du respect de la liberté et du pluralisme dans les médias ».

Voici l’état des lieux que dressait en 2005 le député socialiste Henri Weber :
http://www.henri-weber.fr/article/articleview/1867/1/1855

Puis a été rédigé ce document de travail des services de la commission européenne sur le Pluralisme des Médias (en français) :
http://ec.europa.eu/information_society/media_taskforce/doc/pluralism/swp_sec_32_sum_fr.pdf
Et autres informations en anglais :
http://ec.europa.eu/information_society/media_taskforce/index_en.htm
http://ec.europa.eu/information_society/media_taskforce/pluralism/index_en.htm
http://ec.europa.eu/information_society/media_taskforce/doc/pluralism/media_pluralism_swp_en.pdf

L’approche présentée le 16 janvier 2007 à la Commission prévoit une mise en œuvre en trois étapes par une task-force dédiée :
1- Un document de travail de la Commission sur le pluralisme des médias, comprenant les résultats d’une enquête chez les Etats membres, sur les marchés audiovisuels et de la presse écrite, ainsi qu’un état des lieux de la réglementation locale,
2- Une étude indépendante sur le pluralisme des médias au sein des Etats membres afin de définir et de tester des indicateurs objectifs d’évaluation du pluralisme des médias dans chaque pays (lancée en janvier 2008),
3- Une communication de la Commission aux Etats membres de ces indicateurs sur lesquels une large consultation publique devra se tenir

Le processus est donc assez lent. Une directive européenne devrait voir le jour, mais quand ? Dores et déjà, on peut être certain que la France ne respecte pas les critères exigés par le Parlement dans sa résolution de 2004. Il peut être important de le faire valoir, notamment dans la campagne électorale pour les élections européennes de 2009.

3- Face à ce constat, qu’ont dit les Etats généraux de la presse ?

(voir le livre vert des Etats généraux de la presse (EGP), remis par Bernard Spitz le jeudi 8 janvier à la Ministre de la Culture, Christine Albanel)
http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/conferen/albanel/livrevert1.pdf
Les Etats généraux n’ont pas suivi Nicolas Sarkozy dans sa volonté de faire sauter les verrous de concentration pour constituer des grands groupes multi-médias.
Ils n’ont pas pu éluder le problème de concentration et font même le constat du problème de dépendance de la presse et des médias à l’égard de puissances financières dépendant de commandes de l’Etat, sans pour autant faire de proposition pour empêcher cet état de fait. Notons dans un paragraphe de la synthèse, qui ne donne lieu à aucune recommandation : »La détention de quotidiens par des groupes extérieurs aux médias, dont certains dépendent de la commande publique et peuvent donc apparaître comme plus sensibles aux pressions, pose la question de l’indépendance des rédactions et de la confiance que le public place dans la presse dans son ensemble. »
Sont visés les groupes Dassault (Le Figaro), Bolloré (Direct Matin et Direct Soir), ou encore Lagardère (pas de quotidien, mais les journaux cités plus haut).

4- Position et décision de Nicolas Sarkozy

Lors de l’annonce, puis du lancement de ces Etats généraux de la presse, Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé sa position favorable à une plus grande concentration et l’orientation qu’il souhaitait donner aux conclusions, ciblant essentiellement le problème économique de rentabilité insuffisante de la presse en France, le problème « capitalistique », le coût d’impression et de distribution supérieur à celui des entreprises de presse étrangères, et la concurrence déloyale par la gratuité des informations sur support Internet. Il n’a jamais caché de surcroît sa grande méfiance vis-à-vis du support Internet.
Le 2 octobre, en lançant cette consultation, le Président expliquait: « Il n’y a […] pas de fatalité à la faiblesse de la présence française parmi les groupes multimédias mondiaux, pour peu de permettre d’abord à des groupes français de se constituer en France. »
Comme pour la question du travail dominical, partant d’un constat de crise économique, il va directement au but, aux orientations de solutions toujours basées sur une logique capitaliste, de recherche du profit et de la rentabilité, même si elles risquent de nuire à des valeurs éthiques, républicaines et sociales, au lieu de se poser la question fondamentale sur l’objectif, le rôle dans la société, du sujet posé (ici de la presse), le constat sur les problèmes rencontrés plus largement que sur le terrain économique, notamment social et éthique, avant de justifier des recommandations. Ainsi, Il apparaît que le pouvoir ait tenté au travers des EGP de faire valider un projet de concentration des médias (d’ailleurs en ligne avec les principales dispositions concernant la réforme de l’audiovisuel public). Par un curieux raisonnement s’affichant vertueux mais relevant du syllogisme :
– pour défendre le pluralisme de la presse (et des médias), il faut que les entreprises soient viables, donc rentables et moins dépendre des subsides de l’Etat,
– pour être rentables, les entreprises de presse et de medias doivent atteindre une taille critique pour amortir les importants coûts fixes d’édition et de distribution et pour faire face aux géants qui dominent le marché à l’étranger comme Bertelsmann et Murdoch. La levée des verrous anti-concentration permettrait donc de constituer de grands groupes multi-medias allant dans ce sens.
Or cette concentration accrue nuit justement au pluralisme !

Avant la tenue des Etats généraux de la presse, Nicolas Sarkozy avait commandé un rapport à Danièle Giazzi (secrétaire nationale de l’UMP chargée des entreprises) sur l’Etat des lieux, avant la convocation des Etats généraux.

Ce rapport Giazzi remis le 11 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy comporte 34 recommandations pour «faire naître des champions internationaux». Notamment une libéralisation tous azimuts du paysage médiatique, l’ouverture du capital de l’Agence France Presse (l’AFP) pour en faire une société anonyme et l’assouplissement des «verrous» anti-concentrations. Le but : qu’il soit bientôt possible qu’un groupe de médias possède à la fois une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale, un attelage interdit actuellement par une loi sur l’audiovisuel de 1986. Ceci pour «assurer la rentabilité et la compétitivité de nos entreprises», justifie l’auteure de ce rapport.
Les conclusions du rapport traduisent les revendications portées par différents types de lobbies, qui revendiquent un allègement du carcan règlementaire. De longue date, de Martin Bouygues (TF1) à Arnaud Lagardère ( Paris Match , Europe 1, Elle , le JDD …), en passant par Nicolas de Tavernost (M6), Jean-Paul Beaudecroux (NRJ), les lobbyings industriels prônent la dérégulation. Danièle Giazzi va dans leur sens en proposant de faire sauter les seuils anti-concentration. C’est la recommandation 23.

Martin Bouygues pourrait ainsi posséder 100 % de TF1 (au lieu de 49 % aujourd’hui), acquérir un groupe de radio (pourquoi pas NRJ ?) ainsi qu’un quotidien de dimension nationale ( Le Figaro l’intéressait il y a quelques années).

En autorisant une telle concentration, Danièle Giazzi entend favoriser l’émergence de groupes puissants, capables, à partir d’une souche française solide, de se projeter dans la compétition mondiale. C’est aussi la volonté déjà exprimée de Nicolas Sarkozy. Mais quid du pluralisme des courants d’opinion, si tant de médias sont concentrés dans si peu de mains ?
Danièle Giazzi estime que la liberté d’expression n’en serait pas menacée car Internet pallie les failles, tandis que l’Union européenne veille au respect de la concurrence…

Finalement, lors de son discours tenu pour la clôture des Etats généraux de la presse, Nicolas Sarkozy n’est pas passé outre la position des Etats généraux de ne pas faire sauter les verrous anti-concentration. Mais il a annoncé qu’il allait lever, via des « conventions bilatérales », le seuil maximal de 20% de capital pour un investisseur non-communautaire dans une entreprise de presse française, afin de remédier au problème de « sous-capitalisation ». « Personne ne peut se résigner au manque criant d’investissements au sein de la presse, du fait de la sous-capitalisation des entreprises et de l’absence de grands groupes. Ce manque d’investissements est une des causes majeures de la crise de la presse », a estimé M. Sarkozy qui souhaite « améliorer la rentabilité » du secteur.

Texte du discours de Nicolas Sarkozy :
http://www.la-croix.com/illustrations/Multimedia/Actu/2009/1/23/sarkozy-etats-generaux.pdf

http://www.lesechos.fr/info/comm/300324739-presse-ecrite-sarkozy-detaille-les-conclusions-des-etats-generaux.htm

ANNEXE :

Fiche de synthèse de la Commission européenne sur la situation des médias en France
(document remis le 16 janvier 2007, uniquement en Anglais, p.40)

France

Legal Base
Loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 – Loi relative à la liberté de communication (modified
August 2004) supplemented by subsequent laws and decrees

Regulation of Media Ownership
Ownership Restrictions
Television Subject to three limits based on:
Capital share, number of licence (together with audience
share), participation in more companies in the same sector:
Physical or legal person not more than 49% (national TV)
and 33 % (local TV) of the capital or voting rights in a
station whose average annual audience exceeds 2.5 % of
the total audience.
If a person holds 2 stations he cannot hold more than 15%
in the second
If a person owns 3 stations he cannot hold more than 5% in
the third.
Terrestrial TV: not more than one (analogue) or 7 (digital)
stations,
Satellite TV: not more than two licences
Ownership restrictions
Prin Companies are not allowed to acquire a new newspaper if
the acquisition boosts their total daily circulation to over
30% nationally.
Cross ownership
restrictions A operator may not be involved in more than two of the
following situations:
– TV audience of 4 million
– radio audience of 30 million
– cable audience of 6 million
– 20% share of national daily newspaper
Foreign ownership
restrictions Print and TV Non-EU investment is limited to a share of 20% of a
capital of a daily newspaper or of a terrestrial broadcasting
in French language
Restrictions for political
parties and organisations No provisions

Market Situation – Audiovisual

Public service broadcaster: France Television, channels: France 2, France 3, France 4 and
France 5, France 5 shares the terrestrial frequency with the Franco-German cultural channel
Arte.
Main commercial operators: TF 1 S.A., channel: TF1; Métropole Télévision, channel: M6 ;
The Group Canal+ has a total of about 8.4 million subscribers.

TV audience share 2004 – Daily share (%)
France 2 France 3 France 5 Arte TF1 M6 Canal+
20.5 15.2 3 2 31.8 12.5 3.8
Source: European Audiovisual Observatory, Yearbook 2005

Market Situation – Print

Top Ten Daily Newspapers (2004)
Title Circulation (000) Readership (000)
Title Circulation (000) Readership (000)
Ouest France 783 2,230
Le Monde 381 2,073
L’Equipe 369 2,459
Le Parisien 353 1,718
Le Figaro 346 1,373
Sud Ouest 326 1,281
La Voix du Nord 307 1,082
Nice Matin 258 757
Le Dauphiné Libéré 256 838
Le Progrès 249 –
Source: World Association of Newspaper, Word Press Trends 2005

News agencies:
Agence France press (AFP)
Agra presse (Agence d’info agro-économique)

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